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Sujet : Désirer est-ce nécessairement souffrir ?

Définitions des termes :
  • désirer : Tendre vers un objet que l'on se représente comme source possible de satisfaction ou de plaisir.
  • nécessairement : Obligatoirement, absolument, forcément.
  • souffrir : • Éprouver douloureusement. • Éprouver une douleur physique ou morale. • Supporter la douleur, la fatigue.

Extrait du corrigé : 3. L'abolition du désir entraîne l'abolition de la souffrance. Nous pouvons présenter ceci par l'équation : vie = Désir = Souffrance. En effet, il n'y a de vie que par le désir, par le désir farouche de survivre, de se défendre contre les autres vivant, de se nourrir, de tuer pour cela, comme on le voit chez tous les vivants, les animaux et les hommes. Le désir fondamental est donc le désir de persévérer dans son être, lé désir d'être et de persister à être un individu, séparé et différent du reste du monde, ou, comme disent les Occidentaux, le désir d'individuation. D 'autre part, le désir n'est jamais satiable, nous souffrons toujours de désirs inassouvis, que redoublent encore les douleurs physiques de la maladie et de la vieillesse, qui sont le lot des vivants. Bref, à regarder les choses lucidement, la vie est essentiellement faite de souffrance. Bien rares sont les moments de vraie joie. Certes, nous avons l'espoir d'arriver un jour au bonheur par la satisfaction de tous nos désirs : c'est d'ailleurs ce qui nous fait vivre, mais ce n'est qu'illusion vaine. Ce qu'il faut donc, c'est arriver à échapper à la souffrance.

	Désirer est-ce nécessairement souffrir ?

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Définitions

  • désirer : Tendre vers un objet que l'on se représente comme source possible de satisfaction ou de plaisir.
  • nécessairement : Obligatoirement, absolument, forcément.
  • souffrir : • Éprouver douloureusement. • Éprouver une douleur physique ou morale. • Supporter la douleur, la fatigue.

Problématique

Le désir non assouvi  produit un état de manque (Platon). Le désir assouvi se transforme en ennui (Schopenhauer). Dans tous les cas, désirer nous fait souffrir. Mais, celui qui désire s'expose à connaître la joie que procure la satisfaction du désir. Le désir satisfait ne s'évanouit pas, il s'accroît.

Analyse du sujet: « désirer» Acte qui désigne le fait de poursuivre un objet pour se l’approprier, un but pour le réaliser. Pas de désir sans temps, pas de désir sans attente, pas de désir sans manque non plus. Le désir est une tendance qui me met en état d’incomplétude, mais qui en même temps est aussi une force d’affirmation d e soi et de transformation. «nécessairement» Le nécessaire s’oppose au contingent. Ce qui est nécessaire ne peut pas être autrement qu’il n’est. Ce qui est contingent n’a pas de nécessité et peut être différent. Le cours de l’Histoire semble contingent : on peut toujours dire que les choses auraient pu se passer différemment. Par contre, j’ai beau faire, je ne peux pas éviter de déduire que les trois angles d’un triangle forment 180 ° (dans la géométrie d’Euclide. C’est de nécessité. «souffrir» Se sentir intérieurement déchiré, blessé, malheureux, renié dans son être, toute souffrance étant le signe d’une diminution de soi. La souffrance va de pair avec l’affirmation d’un moi qui souffre, elle n’est pas anonyme : moi, A, je souffre d’avoir été méprisé, éconduit, haï, ridiculisé etc. La souffrance est le contraire de la joie qui traduit au contraire une expansion de soi, un épanouissement dans l’être, un contentement, une plénitude qui stable a pour nom le bonheur. Celui qui souffre n’est pas heureux. Problématique: Le sujet nous demande de chercher quelle est la relation entre le désir et la souffrance. Il nous propose une solution possible tout en nous demandant de l’apprécier. Le désir engendre de la souffrance, c’est sou- entendu. Mais est-ce à dire que le lien soit implacable entre le désir et la souffrance? Ou bien est-il contingent, de sorte que la relation soit complexe du désir vers la souffrance. Donc en vertu de quelle nécessité le désir engendrerait-il la souffrance, comment, dans quel cas ? Peut on échapper à la souffrance tout en désirant ? Est-ce seulement souhaitable d’éviter la souffrance du désir ? Question plus grave : comment peut-on tout à la fois chercher son bonheur dans ses désirs et ne jamais tenir compte de l’expérience qui nous montre si souvent que le désir implique déception, contrariété, malheur, souffrance ? N’es-il pas naïf, voire, hypocrite de fermer les yeux en faisant comme si n pouvait avoir l’un sans l’autre ? Ou bien, n’est-il pas possible, en restant détaché du fruit du désir, en restant détaché à l’égard du désir, de continuer à désirer sans que la souffrance puisse apparaître ? Il est indispensable pour résoudre ce problème d’opérer des distinctions : 1) Distinguer les vrais désirs, ceux qui viennent du c½ur et les faux désirs qui poussent dans la tête, S. Jourdain. Le faux désir est associé avec le sentiment de séparation et d’incomplétude, le faux désir nous torture, car il procède d’un manque que le mental a planté dans notre esprit, créant l’illusion d’un vide d’être qu’il faut à tout prix remplir. Le vrai désir, explique S. Jourdain, est expansion de mon être, mouvement spontané vers une satisfaction. Je désire ce que j’ai toujours désiré, je suis porté sur l’aile du désir, je coïncide avec le mouvement de l’action et nulle part il n’y a de souffrance de la séparation et du manque. Il n’y a que la Vie se donnant à elle-même, joyeuse, la Vie s’exprimant. A la limite ne cherchant pas vraiment seulement l’objet, car ce qui compte, c’est ce sentiment d’être porté par une vague qui est ma propre aspiration. 2) Distinguer les désirs dans l’ordre du possible et les désirs inaccessibles. Il est clair qu’un fantasme de célébrité torture d’avantage que l’obtention de mon bac. 3) Distinguer les désirs naturels, nécessaires et vains. (Table d’Epicure) : il y a une souffrance attachée à la non-satisfaction de chaque catégorie de désirs (la faim est bien différente de la cupidité qui me fait envier l’argent). 4) Distinguer les désirs égocentriques et les désirs généreux. Lesquels font le plus souffrir ? Quand on aime vraiment, ce qui compte c’est donner, donner sans attendre de retour. La joie du don est infiniment supérieure à l’espoir d’une sorte de récompense de fait d’avoir donné. Par contre, le désir égocentrique me rend très dépendant, exigeant, cruel parfois. Il me met dans un état d’attente qui est souffrance. 5) Distinguer l’objet immédiat du désir : la boucle d’oreille dans la vitrine, de son objet implicite : sentir que je suis aimé, que l’on pense à moi dans une petite marque d’affection, une attention, une reconnaissance. Il y a déjà de la souffrance dans cette demande vis-à-vis de l’autre. Il y a une frustration dans le fait de ne pas répondre à la demande d’autrui d’une manière ou d’une autre. Il faut aussi cherche à quel niveau la souffrance engendrée par le désir se produit, quelles sont les formes de souffrance que le désir engendre : 1) souffrance due à l’état d’attente. Le désir me précipite dans le temps en fabriquant une promesse de satisfaction pour le futur. Il tue mon présent en suggérant que « bientôt, tu aies A ou B et ce sera le bonheur… . Alors évidemment ; maintenant paraît nul et vide. 2) souffrance due à l’illusion de la projection : je fantasme comme un fou sur l’objet et il faut un jour revenir à la réalité, ce qui est toujours décevant, car le réel n’est pas l’irréel, le champ de l’imaginaire où se complaît le désir. Alors de déception en déception, on finit par tomber dans l’amertume et le dégoût. 3) souffrance de se sentir incomplet, ce malaise que le désir e engendre dans un sentiment de manque. Typique de l’amour-passion qui ayant tout misé sur la fusion avec l’autre, laisse un sentiment de séparation, de solitude sans l’autre. 3) souffrance de l’anxiété que fait naître le désir : le futur est menaçant et incertain (arriverai à réaliser ce désir ou pas ?) . Le désir produit de l’angoisse à l’égard du futur car la pensée imagine par avance la possibilité de l’échec, de l’impossibilité de satisfaire le désir, elle représente le désamour et la haine. 4) souffrance de l’incapacité d’être au présent. La pensée en proie au désir est instable et inquiète. Ce qui n’est sûrement pas un étant de contentement. Elle représente l’instant comme seulement un lieu de passage vers le but du désir. En d’autre terme, je vivrais demain, quand mon désir sera comblé, pour l’instant, je ne fais qu’attendre et du coup, tout m’ennuie. Je vis par procuration ailleurs qu’ici dans un futur idyllique qui en plus va me décevoir dès qu’il sera là. 5) souffrance de ne pas parvenir à faire plier les choses, les êtres, les circonstances à son désir. Le désir veut tout changer et il faut lutter constamment, car tout résiste : les choses, les gens, la circonstance. Je souffre donc de cette lutte continuelle dans laquelle le désir m’engage. Et quand je finis par en avoir mare, je suis comme vidé et désabusé, ce qui est encore de la souffrance. Mais attention, il faut aussi rendre justice à la dimension de joie présente dans le désir. 1) Il y a la joie d’avoir accompli enfin un désir, de pouvoir sauter en l’air parce qu’enfin on y est arrivé. Cette joie ne m'aurait pas été donnée s’il n’y avait pas eu le désir. 2) Il y a le plaisir de la conquête, le plaisir de l’action qui a été inauguré par le désir, les feux de la passion qui suit son cours et brûle dans l’acte. Le désir laisse place à l’acte et l’acte est en soi un plaisir s’il est accompli avec amour. On ne fait bien que ce que l’on aime faire et ce que l’on aime faire, c’est ce que l’on désire par-dessus tout. 3) il y a la joie de créer, de donner forme à un désir, pour la création elle-même, la satisfaction le plaisir qu’elle nous procure. 4) il y a la joie dynamique d’exister dans l’exaltation l’action que le désir inaugure. Le désir met en moi le souci de l’excellence qui est un défi devant soi et il y a une joie à relever le défi devant soi-même pour triompher de ses propres limites. 5) il y a la joie de pouvoir montrer que ce qui était considéré comme impossible a pourtant été réalisé, contre les esprits chagrins, ou malveillants. La joie du navigateur qui a fait ce que personne d’autre n’avait réussi à faire, cette joie qui est le fruit d’un long désir, patient et têtu. Faire un pied de nez aux sceptiques est un vrai plaisir ! C’est presque une raison de désirer à contre-courant, contre tous ceux qui partent déjà battus par avance et qui regarde tout projet comme une possibilité d’échec. Désirer par-dessus tout et pas seulement pour « profiter », mais aussi pour donner, donner de soi. La vraie joie n’appartient pas aux tièdes et aux médiocres, elles n’est donnée qu’aux âmes ardentes qui ont l’audace de désirer et la constance d e vouloir. Le paradoxe c’est donc de remarquer que le désir donne tout : joie/souffrance. Le devoir doit être capable de démêler cette contradiction pour montrer qu’elle n’est apparente. Ce qui compte, c’est surtout, non pas le désir (qui n’est pas mauvais en soi), mais na relation au désir. La manière dont nous comprenons le processus du désir est décisive pour ce qu’il en est de la façon dont il sera vécu, de manière éclairée, ou ignorante. Ne peut-on pas dire que nous souffrons de nos désirs par ignorance ? Nous sommes victime de nos désirs parce que nous ne les comprenons pas.

Ajouté par Emmanuel



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